L’importance accordée à la notion de justice par les sciences et la société musulmanes indique la présence d’une source centrale, qui demeure le saint Coran. C’est le noble Livre qui a semé les graines de la doctrine de la justice, et qui l’a exposée de différentes manières, que ce soit la justice dans la création, la justice dans la législation, la justice morale ou la justice sociale. C’est le Coran qui a enseigné que l’ordre de la création et de l’existence est basé sur la justice et l’équité, le mérite et l’aptitude. Plusieurs versets indiquent que Dieu est exempt de toutes formes d’injustice, pendant que d’autres affirment que les exigences de la justice consistent à montrer le Vrai, et à parachever la preuve de l’existence divine. Car la disparition de l’humanité, avant que le Vrai ne lui ait été annoncée et que la preuve n’ait été parachevée, est une forme d’injustice. Nous
trouvons de même certains versets qui décrivent l’action et l’organisation divines comme étant justes : « Dieu est Témoin, et avec Lui les anges et les initiés parmi les hommes, qu’il n’y a de divinité que Lui qui assure la Justice. Il n’y a en vérité de divinité que Lui, le Puissant, le Sage. » (« La famille de ‘Imrân », 18)
D’autres indiquent que la justice représente la balance et le critère divins au niveau de la création. « Le ciel, Il l’a élevé ; et l’équité, Il l’a instituée. » (« Le Miséricordieux », 7). Le messager de Dieu a ainsi commenté Sa Parole : « C’est par la justice que se maintiennent les cieux et la terre. »1
En ce qui concerne l’ordre de la formation et l’établissement des jugements ainsi que le système d’élaboration des lois, le saint Coran a clairement montré le principe de la justice dans la législation ainsi que la nécessité de le respecter. De même, il a indiqué que la sagesse sous-jacente et le but de l’envoi des prophètes visent à rendre la vie humaine conforme à la justice et à l’équité : « Nous avons envoyé Nos prophètes munis de preuves irréfutables, et Nous avons fait descendre avec eux le Livre et la Balance, afin de faire régner la justice parmi les hommes. » (« Le Fer », 25).
Le noble Coran considère que l’imamat et la direction sont des promesses divines et des statuts associés à la justice, comme il l’a indiqué au sujet d’Ibrâhîm, apte à prendre la direction de
la communauté, et qui a cependant voulu savoir si la direction ou l’imamat demeurerait dans sa lignée : « Souvenez-vous lorsque Dieu, voulant mettre à l’épreuve Abraham, lui édicta certaines prescriptions dont il s’acquitta avec bonheur, et que Dieu lui dit alors : “Je ferai de toi un imam pour les hommes.” “Et ma descendance bénéficiera-t-elle de cette faveur ?” » (« La Vache »,
124).
Le noble Coran exprime la moralité de l’homme par son respect de la stricte justice, lorsqu’il aborde des tâches comme celles consistant à régler des conflits ou à témoigner dans des conflits, tâches exigeant une éducation morale élevée et une noblesse spirituelle digne de la confiance des gens. Le Coran déclare que ceux qui sont aptes à assumer ces tâches sont ceux qui respectent la justice inconditionnelle : « Selon l’estimation de deux personnes intègres parmi vous. » (« La Table servie »,
95).
La plupart des versets qui abordent le fondement de la justice en parlent en tant que justice collective, qu’elle soit familiale, politique, juridictionnelle ou sociale. J’ai moi-même relevé seize versets sur ce sujet précis. Le Coran a fait de la justice l’axe de tous les fondements de la doctrine : l’unicité, la
résurrection, la prophétie et l’imamat, ainsi que la base et le point de départ de tous les voeux humains et de tous les objectifs sociaux. Dans la vision coranique, la justice est associée à l’unicité et à la résurrection, elle est l’objectif ultime de la législation prophétique, la philosophie de la fondation de l’imamat, et le critère de la perfection individuelle comme de la réforme sociale.
La conception coranique de la justice enrichit la vision humaine du monde de l’existence et de la création par une qualité doctrinale particulière, rattachée à l’unicité et à la résurrection. Dans le domaine de la prophétie et de la législation, elle devient le critère pour connaître les lois en reconnaissant le rôle de la raison, parallèlement au Coran et à la sunna, en tant que source de la jurisprudence et moyen de déduction. Dans le domaine de l’imamat et de la direction, elle est un attribut nécessaire pour celui qui est apte à diriger, alors que dans le domaine de l’éthique, elle représente l’ambition humaine, -dans le domaine social, elle devient responsabilité.
Comment dès lors les musulmans peuvent-ils ignorer ce principe important auquel le Coran a accordé tant d’intérêt ?
C’est cet intérêt porté à la question de la justice qui explique sa forte présence dans les mouvements intellectuels et sociaux musulmans. La divergence des musulmans quant à cette question est due cependant à quelques causes, psychologiques, sociales ou politiques, certains l’ayant inconditionnellement admise tandis que d’autres la vident de sa substance en l’entourant de diverses interprétations.

